Une doudoune pend à un crochet, matelassée, les épaules lâches, le vêtement qu’un invité abandonne en fin de soirée. Le regard y croit un instant, puis se reprend : chaque couture a été taillée à la main dans un bloc de marbre de Carrare. Plus de vingt ans de pierre, de la maçonnerie à la sculpture ornementale puis à une œuvre contemporaine personnelle, ont appris à Tom Waugh à plier la matière à des formes convaincantes.
« Sculpter de la chaleur et de la douceur dans un matériau froid et implacable a quelque chose de puissant. »
ATTENTION DE NE PAS COUPER L’IMAGE : NI SUR LA PAGE D’ACCUEIL, NI SUR L’ARTICLE
Tom Waugh
Bristol. Une église proche de chez lui disparaît sous les échafaudages. Quelque chose, dans le travail des tailleurs de pierre, retient le jeune homme d’une vingtaine d’années, qui leur propose un coup de main. Tout part de là.
De la maçonnerie de base, il glisse vers la sculpture ornementale, puis s’engage dans ses propres créations contemporaines. Ce qui le garde fidèle à la pierre tient en une certitude : il reste toujours davantage à explorer, dans les matériaux, dans la technique, dans la difficulté de la pièce suivante.
Tom Waugh
Cet instinct trouve son assise à la City and Guilds of London Art School. Soutenu par le Queen Elizabeth Scholarship Trust, il y étudie la sculpture architecturale sur pierre et en sort diplômé en 2005, avec mention très bien. Suivent de grands chantiers patrimoniaux : la cathédrale Saint-Paul, la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, la gare de Saint-Pancras, l’église Saint-Martin-in-the-Fields.
La sculpture architecturale est une école de l’effacement. Le sculpteur reproduit l’original patiné par les intempéries avec une exactitude telle que la restauration se fond dans le bâtiment. Tom Waugh sert cette tradition des années durant, puis regagne le Somerset en 2008 pour s’établir à son compte. Parmi les restaurations auxquelles il prend part, le pont en pierre de Bath du domaine de Halswell Park reçoit en 2021 un prix du Georgian Group
Tom Waugh
En 2006, une bourse de voyage l’éloigne des églises anglaises. Le prix Ballardie l’emmène en Inde étudier la sculpture des temples auprès de Raja Saceran. Là-bas, une chose le frappe : la continuité de la tradition. Les savoir-faire passent d’une génération à la suivante, en ligne directe, loin de toute reconstitution d’après les sources historiques.
Alliées à sa formation de sculpteur, ces techniques forment désormais le socle de son travail. Aujourd’hui encore, face aux sujets les plus contemporains, ses outils et ses méthodes puisent dans l’histoire. Le lien se fait parfois d’une étonnante franchise. Un carton froissé répond aux plis d’un drapé baroque. L’assemblage de marbres de couleurs différentes, dans Traffic Cone, descend en droite ligne du portrait sculpté classique.
Le premier de ces objets naît presque à titre d’essai. Dans le calme d’un intervalle entre deux commandes, il prend un bloc de pierre de Portland et y taille une boîte en carton froissée, curieux de savoir jusqu’où pousser le réalisme d’un objet aussi banal.
La tension le séduit aussitôt : un objet fragile et éphémère, sculpté dans une matière associée à la permanence et au respect. Dès lors, il explore d’autres objets du quotidien, en quête de pierres capables de restituer leurs textures.
Sujet modeste et matériau noble demeurent en friction constante. Un objet jetable reçoit le temps, le soin et la permanence d’une sculpture. Le résultat peut faire sourire, dérouter, ou émouvoir de façon inattendue.
Tom Waugh
Tout dépend de la pierre, et le choix part de l’objet. Le marbre blanc pour le plastique et le polystyrène, la pierre de fer pour le métal rouillé, le calcaire pour le papier : certains accords s’imposent d’eux-mêmes.
« Le défi, et le plaisir, consistent à trouver une pierre qui fasse davantage qu’imiter l’objet : une pierre qui en révèle quelque chose. »
Cette quête fait désormais partie intégrante de sa pratique, toujours à l’affût de nouveaux objets et de nouvelles pierres. La pierre de fer de Great Tew sort de terre couleur rouille, le grain rugueux : une canette taillée dans cette matière semble l’œuvre de la corrosion elle-même. Le marbre Statuario, froid et veiné de gris, donne à un sac en polyéthylène l’allure d’un drapé.
Pour Traffic Cone, trois marbres s’assemblent en un seul corps, à la manière des bustes d’autrefois composés de pierres colorées. Le langage ancestral de la sculpture demeure, même lorsque le sujet vient de la rue, du supermarché ou du bac de recyclage.
Tom Waugh
Certaines œuvres abandonnent toute prétention à l’objet pour basculer dans la géologie. Avec la série Anthropocene Fossils, des formes manufacturées du quotidien deviennent les fossiles possibles de notre époque.
Le nombre d’objets qui nous passent chaque jour entre les mains s’oublie vite. Longtemps, les objets fabriqués par l’homme furent précieux et pensés pour durer. Une large part de notre production actuelle est éphémère, jetable. Ces fossiles imaginaires interrogent les traces que ces objets pourraient laisser derrière eux.
Waugh tient son œuvre à distance de toute leçon de morale, et l’humour sert de contrepoint. Le spectateur peut goûter le savoir-faire et la part ludique, ou suivre le fil jusqu’à des questions plus profondes : notre rapport au monde naturel, notre manière de traiter les objets du quotidien. Les deux lectures se valent.
Tom Waugh
L’atelier vit à l’heure du bureau. Pour Waugh, la sculpture est un travail de neuf heures à dix-sept heures, soit le plus souvent huit heures d’effort soutenu. La concentration qu’elle exige a, dit-il, quelque chose de méditatif, et ce métier est devenu le seul qu’il puisse imaginer.
Son moment préféré survient aux deux tiers d’une pièce, lorsque la forme est pleinement aboutie et que les détails commencent à poindre. L’espace d’un instant, la sculpture semble s’animer. Vient ensuite la longue phase du ponçage et du polissage.
Reste la réaction qu’il guette : l’instant où le regard se corrige. Les doudounes en donnent l’exemple. Waugh adore voir les visiteurs croire d’abord à une veste ordinaire pendue à un crochet, puis comprendre que l’ensemble est en marbre.
Il espère qu’ils goûtent la sculpture et ses détails, et apprécie tout autant les questions que l’œuvre soulève. L’objet était peut-être conçu pour passer inaperçu ; la pierre s’obstine à prouver le contraire.
« Les gens supposent souvent que j’utilise la numérisation 3D ou des machines à commande numérique, et je le prends comme un compliment. Cela ouvre une conversation sur les beaux-arts et l’artisanat, qui sont en réalité indissociables dans mon travail. »
Février, 2026
Créer avec l’existant, penser avec l’histoire
De l’architecture au design, cette édition explore comment lieux, savoir-faire et matières héritées deviennent terrains de création actuelle.
Janvier, 2026
Le luxe se réinvente.
Finis les logos clignotants, place à une sobriété raffinée, à l’immersion personnelle, à l’excellence artisanale, à la durabilité sensible.
Décembre, 2025
Héritages, gestes contemporains et plaisirs essentiels
Parce que la fête n’est jamais qu’apparence : elle reflète notre manière d’habiter le monde, de transmettre, de fabriquer des souvenirs durables.
ÉDITION #3
Upcycling et kintsugi transforment l’objet contemporain, faisant de la trace, de la réparation et de la matière un langage esthétique.
ÉDITION #3
Artisans et designers donnent une seconde vie aux matériaux anciens, entre création contemporaine, patrimoine et réemploi.
ÉDITION #3
Bunkers, wagons et kiosques renaissent grâce à la création, révélant comment l’art redonne sens aux lieux délaissés.
ÉDITION #2
Un regard transversal sur le quiet luxury à travers des lieux, des objets et des figures qui expriment l’élégance.
ÉDITION #1
Une sélection de marques, architectures, objets et escapades qui donnent corps au sens de la fête.
ÉDITION #3
Usines et gares délaissées deviennent lieux culturels ouverts, où mémoire industrielle et usages contemporains redessinent la ville.
ÉDITION #3
L’audacieuse métamorphose d’un palace parisien
ÉDITION #3
Au cœur du Marais, un lieu discret révèle comment archives, architecture et recherche font dialoguer l’œuvre de Picasso.
ÉDITION #2
Une expérience shopping unique dans un magasin emblématique.
ÉDITION #2
Voyage culinaire et architectural au cœur de la Seine
ÉDITION #2
Dans le 9e arrondissement, un établissement qui invite au quiet luxury
ÉDITION #1
Chante! vient d’ouvrir ses portes. Une invitation à vibrer !
ÉDITION #3
Icône du paysage français, la boîte jaune change de statut et s’invite dans l’univers du design.
ÉDITION #3
L’édition 2026 affirme une vision où artisanat, design et mémoire façonnent l’habitat contemporain, international actuel.
ÉDITION #3
Cent ans après 1925, l’Art déco revient dans nos villes et intérieurs avec géométrie, audace, optimisme.
ÉDITION #3
Depuis plus de deux cents ans, Royal Limoges conjugue porcelaine, savoir-faire industriel et création contemporaine.
ÉDITION #3
Des terrains de sport aux podiums, la sneaker raconte un siècle de mutations culturelles, techniques et stylistiques.
ÉDITION #2
Design, mode, artisanat : des créations où la forme et la matière se répondent avec justesse, loin de tout effet de mode.
ÉDITION #1
Décorations artisanales, calendriers ultra-luxe et pièces de collection pour s’enivrer de joie avant l’heure.
ÉDITION #3
Entre marqueterie monumentale et jungle symbolique, Anton Laborde transforme le bois en récit contemporain poétique engagé.
ÉDITION #3
À Maison & Objet, Thierry Laudren présente des meubles sculptés où fonction, matière et lenteur façonnent une présence.
ÉDITION #3
Jean Nouvel conçoit une architecture attentive aux contextes, où lumière, histoire et usages façonnent chaque projet.
ÉDITION #3
À Lyon, Sophie Morel rénove des lieux historiques en alliant respect du bâti et écriture contemporaine.
ÉDITION #3
Au Centre d’Études Picasso, l’architecte compose une architecture où lumière, géométrie et héritage dialoguent avec précision.
ÉDITION #2
Entretien avec le fondateur d’EDO (European Design Office)
ÉDITION #2
Portrait d’un visionnaire qui transforme l’art de recevoir en expérience totale.
ÉDITION #1
Personnalités, artisans et créateurs qui donnent à la fête sa profondeur humaine.
ÉDITION #3
De Bordeaux au Bassin, art, vignobles et bien-être composent une échappée élégante au cœur de la Gironde.
ÉDITION #2
Vers une région de l’Italie habitée par le temps, où paysages, culture et usages s’accordent dans une continuité rare.
ÉDITION #1
Destinations et rituels qui réinventent la fête, du soleil tropical aux marchés d’hiver.