Née dans l’espace contraint d’un atelier partagé de Shinjuku, la chaise ORUHA du designer japonais Yuya Nakazawa réunit dix distinctions internationales et une entrée dans la collection permanente du Museum of Outstanding Design. Sculptée à la main dans l’érable et le noyer, façonnée au rabot japonais, elle propose un refuge intime au sein des espaces partagés. Le studio Yedit ouvre aujourd’hui un atelier dédié et engage sa première production en série limitée.
Photographer Mitsuaki Takahashi, 2025
ORUHA a été pensée pour un usage précis : préserver une part d’intimité là où l’espace se partage. La chaise dessine autour de celui qui s’y installe une enclave enveloppante, une présence de bois qui délimite sans fermer. Yuya Nakazawa parle d’une base personnelle au creux d’un lieu public, un abri discret que la forme suggère plus qu’elle n’impose. Les accoudoirs, points de contact les plus directs avec le corps, conservent des arêtes nettes tout en offrant une prise douce et sûre. Cette tension entre rigueur visuelle et confort tactile fonde l’expérience de la pièce. Les surfaces amples, largement courbes, captent la lumière et en révèlent chaque variation, si bien que la chaise change d’aspect au fil des heures et des points de vue.
ORUHA Chair ; Mitsuaki Takahashi, 2025
Moving Image Editor Yuya Nakazawa, 2025
Soundtrack Composer Heitaro Ashibe, 2025
Avant le bois, Yuya Nakazawa a longtemps monté des films publicitaires et des productions audiovisuelles. De cette pratique, il retient une méthode : agencer des séquences séparées pour créer un rythme, une continuité, une progression émotionnelle. ORUHA transpose ce principe dans la matière. Les lignes, les proportions et l’enchaînement des surfaces composent un parcours que le regard suit avant que le corps ne s’installe. Le designer a travaillé par maquettes d’argile et prototypes successifs, façonnant la forme directement à la main plutôt qu’au dessin. La structure est taillée dans l’érable dur, l’assise dans le noyer. La finition revient aux outils traditionnels de menuiserie japonaise, au premier rang desquels le kanna, ce rabot dont le passage règle la douceur finale du bois massif.
A’ Design Award & Competition
En moins de deux ans, ORUHA a réuni dix récompenses internationales. Le jury de l’A’ Design Award lui a décerné en 2026 le Gold dans la catégorie Furniture Design, au terme d’une évaluation à l’aveugle. La London International Creative Competition l’avait auparavant distinguée d’un Best in Category. S’ajoutent des prix à New York, Paris, Londres, Rome, Tokyo et à travers l’Asie. Au-delà des concours, la chaise est entrée dans la collection permanente du Museum of Outstanding Design, à Côme, et a été présentée à New York lors de la 40×40 Design Exhibition. Cette reconnaissance a précédé toute mise sur le marché : longtemps, ORUHA est restée un prototype exposé et primé, que les contraintes de l’atelier partagé empêchaient de produire, de stocker et d’expédier.
Photographer Mitsuaki Takahashi, 2025
Pour sortir la chaise de sa condition de prototype sans renoncer à l’exigence du fait-main, Yedit a lancé la création d’un atelier dédié à Shinjuku. Ce lieu doit permettre une production artisanale structurée, en série limitée, où chaque exemplaire garderait la finition manuelle de la pièce d’origine. Le studio ouvre à cette occasion une liste d’attente et des canaux de présentation destinés au public international. Aucun prix n’est communiqué à ce stade. La démarche pose une question que Yuya Nakazawa assume : comment une création reconnue par un musée entre dans des intérieurs privés et publics sans perdre son identité de métier. Yedit prépare en parallèle une nouvelle collection de mobilier, fondée sur la même philosophie de composition, entre rythme visuel et forme sculptée.
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