Adeline Giffon, architecte d’intérieur : volume, lumière et matière

Adeline Giffon, architecte d’intérieur : volume, lumière et matière

Sur les hauteurs d’Aix-les-Bains, une villa de bois et d’aluminium gris laisse entrer le jour par de longues failles verticales. Adeline Giffon en a dessiné le dedans comme le dehors. Diplômée de l’ESAIL, après cinq années passées sur les chantiers d’Ateliers De France, elle a fondé SEPIA, son agence d’architecture d’intérieur, en Savoie.

Dehors, l’habillage d’aluminium part du sol, longe la toiture et redescend d’un seul tenant. Dedans, le chêne du parquet remonte jusqu’au plafond. Tout semble couler d’un plan à l’autre, sans rupture. « Ce que j’aime vraiment, c’est traiter le détail des jonctions, l’endroit précis où deux matériaux se rencontrent. »

Trois mille mètres carrés pour première école

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

En 2015, quelques mois après avoir obtenu son diplôme, Adeline Giffon rejoint Ateliers De France. Son premier grand chantier l’emmène dans la campagne anglaise, à une heure de Londres, pour une villa de trois mille mètres carrés.

Le groupe, spécialisé dans les métiers d’art et les demeures d’exception, intervient ici comme entreprise générale. Adeline prend en charge la coordination technique et le design au sein d’une équipe de sept personnes, dont trois dessinateurs. Il faut recevoir les plans des architectes, parfois tracés à la main, les interpréter, sourcer les matériaux, puis vérifier que chaque ouvrage reste réalisable une fois confrontées les contraintes de tous les corps d’état. Le tout en anglais, avec un vocabulaire technique que l’école n’enseigne pas.

Pendant dix-huit mois, elle dessine et construit presque simultanément, dans un flux tendu où chaque décision peut avoir des conséquences sur la suite du chantier. « Un chantier de cette ampleur ne se présente pas deux fois dans une vie. »

L’apprentissage est aussi celui d’une méthode : faire circuler l’information, anticiper les conflits entre les différents métiers et tenir ensemble le dessin, la technique et l’exécution.

L’école du chantier

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

L’expérience se poursuit en France, avec un chalet et des appartements en station de ski, puis à Londres, pour une villa de mille mètres carrés traitée dans un registre néoclassique. Viennent ensuite les deux plus grandes suites du Cheval Blanc Paris, aux huitième et neuvième étages : six cents et quatre cents mètres carrés, près de deux années de travaux.

L’hôtellerie impose ses propres contraintes, plus serrées encore que celles du résidentiel. Pendant cinq ans, Adeline Giffon travaille aux côtés de compagnons et d’artisans expérimentés et mesure la force du modèle de l’entreprise générale : le client signe un contrat unique, l’entreprise porte les délais, les pénalités et la responsabilité du chantier, tandis qu’elle assure la coordination entre les différents corps d’état. Pour le client, un interlocuteur unique ; pour le projet, une chaîne de décision plus lisible.

La Savoie, où elle vit depuis vingt-cinq ans, la rappelle. Elle y travaille ensuite cinq années dans la promotion immobilière haut de gamme, principalement dans les stations de Savoie et de Haute-Savoie. Elle y constitue un réseau d’artisans, de maîtres d’œuvre, de marchands de biens et de promoteurs.

Puis vient SEPIA, son agence. L’acronyme (SErvices et Prestations d’Intérieur et d’Architecture) se double d’un clin d’œil à la photographie ancienne. « Un projet n’existe pas s’il n’est pas photographié », dit-elle.

Une seule voix pour un chantier

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

De son expérience chez Ateliers De France, Adeline Giffon a surtout conservé une conviction : un projet gagne à être porté par une méthode cohérente, de la première esquisse aux dernières finitions.

Chez SEPIA, le client dispose ainsi d’une interlocutrice unique pour la conception et le suivi du projet. Adeline optimise les plans, compose les palettes de matériaux et fait produire des perspectives tridimensionnelles photoréalistes, afin que chacun puisse se projeter avant le premier coup de pioche. Elle suit ensuite l’exécution et veille à la qualité architecturale sur le chantier, en coordination avec les maîtres d’œuvre et les entreprises intervenantes.

Elle travaille avec un réseau constitué au fil des années : plus de quarante entreprises tous corps d’état et une vingtaine d’artisans d’art, de l’ébénisterie à la marbrerie, de la marqueterie à la bronzerie, de la métallerie au staff, à la tapisserie ou aux enduits décoratifs.

Le principe est simple : s’entourer de professionnels capables de tenir à la fois le détail et le calendrier. Une exigence particulièrement précieuse dans les projets haut de gamme, où la qualité d’un ouvrage dépend souvent de la précision de sa mise en œuvre.

Ses clients britanniques apprécient par ailleurs de pouvoir échanger dans leur langue, notamment dans les stations savoyardes où la clientèle internationale est importante.

Au début était le vide

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

Avant la matière et avant la lumière, Adeline Giffon travaille le volume. Les circulations, les perspectives, la manière dont une pièce s’ouvre sur la suivante, l’espace laissé libre pour que les déplacements restent naturels. Elle cherche un plan qui paraisse évident, comme s’il ne pouvait en exister aucun autre.

La Villa G., à Aix-les-Bains, en donne une illustration précise.

Une cour pavée mène au garage double. Un chemin latéral, protégé par la toiture, conduit à la porte d’entrée. Entrée et garage se rejoignent dans un sas commun, à l’écart de l’espace de vie, où prend également place le cabinet de toilette des invités.

Trois marches, un couloir très court, et le séjour s’ouvre soudain sur une double hauteur. La cuisine se tient à droite ; devant soi, la campagne apparaît en grand. Depuis le canapé, la porte d’entrée disparaît du champ de vision.

Tout est affaire de séquence, de cadrage et de circulation. Le plan ne cherche pas à multiplier les effets, mais à organiser les usages pour que l’espace paraisse fluide.

La lumière se dessine aussi

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

La lumière, elle aussi, se travaille en amont. Adeline Giffon établit son plan d’implantation avant de le confronter aux spécialistes techniques. Les spots ne tombent jamais tout à fait au milieu d’un couloir : elle les désaxe pour qu’ils viennent plutôt lécher le mur. Un ruban de diodes éclaire une niche de douche ; une gorge à rideaux dissimule une bouche de ventilation.

À la Villa G., la demande initiale tenait en peu de mots : un volume peu commun et de la lumière partout.

Les baies montent sur toute la hauteur du séjour. Ces longues failles verticales étirent le jour et cadrent la campagne environnante. La maison fonctionne en ventilation double flux, mais les équipements techniques restent presque invisibles. Dans le salon, le soufflage se dissimule derrière une bande de parquet en plafond, cernée d’un joint creux noir. Dans la cuisine, la reprise se loge dans la partie haute d’un meuble, derrière un panneau démontable.

Pour Adeline Giffon, le détail technique ne doit pas s’imposer au regard. Il doit trouver sa place dans l’architecture.

La matière, réduite à l’essentiel

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

Un bois, une céramique, une peinture. La palette de la Villa G. tient en trois matériaux, avec le chêne comme fil conducteur.

Le parquet, huilé et brossé, se prolonge en sous-face du plafond au-dessus de la salle à manger et jusqu’à l’entrée, puis remonte sur les rampants de la double hauteur. Sol et plafond se répondent ; le volume semble ainsi enveloppé par une même matière.

Le chêne devient également portes de placards, tête de lit, nez de marche et contremarches de l’escalier, jusqu’à la lisse du garde-corps de la mezzanine. Pour garantir la continuité du dessin, un agenceur a repris le parquet pièce par pièce, seule façon d’obtenir un grain suffisamment homogène de l’entrée jusqu’à la mezzanine.

Reste le toucher, auquel l’architecte accorde une importance particulière. Sous les doigts, le bois brossé révèle une texture douce, presque veloutée.

La cuisine prolonge cette recherche d’accord. Ses tons jouent un effet bronze foncé, proche des teintes du parquet. L’îlot, lui, a été pensé en meuble sur pieds, délibérément décollé du sol pour gagner en légèreté.

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

Les clients souhaitaient par ailleurs une dominante de vert. Un ton vert-gris a été retenu, présent dans l’entrée, le cabinet de toilette des invités, sur l’un des murs de l’escalier, dans le dressing de la suite parentale et au plafond de sa chambre, puis par touches dans le séjour. L’îlot de la cuisine a été réalisé en Fenix vert, et le papier peint panoramique de la salle à manger reprend la même teinte.

Studio Erick Saillet; SEPIA - Adeline Giffon

Studio Erick Saillet; SEPIA – Adeline Giffon

Dehors, la même économie de moyens se poursuit. La piscine s’imbrique dans la terrasse, dans le prolongement direct de la maison. Le jardin suit un tracé de vagues dessiné par l’architecte et planté avec un paysagiste de végétaux principalement persistants, afin que l’hiver conserve lui aussi sa part de verdure.

Sur les façades, aucun enduit. Le règlement du lotissement imposait des tonalités grises ; le bardage s’y conforme avec un aluminium proche du gris quartz, légèrement chaud.

Sur le pignon avant, la cheminée a été traitée en monobloc : elle part du sol et semble sortir de la toiture d’une seule venue. Son panneau Equitone, choisi dans un ton clair, contraste avec le grisé du bardage et donne à la façade toute sa stature.

L’habillage métallique naît du sol, longe la toiture et redescend sans laisser apparaître ni descente d’eau pluviale ni chéneau. La maison s’affranchit ainsi de l’avancée de toiture et assume une silhouette d’inspiration nordique.

La montagne pour horizon

Le terrain de jeu de l’agence SEPIA reste la Savoie et la Haute-Savoie, de la villa au chalet, du projet d’envergure au budget plus mesuré. Dans les stations, où les appartements se ressemblent parfois, chaque projet doit trouver ce qui le distingue du précédent.

Deux chalets attendent ainsi leur chantier à Courchevel 1850, déjà présentés sur le site de l’agence à travers des images de synthèse. L’envie, elle, reste la même : dessiner un projet de bout en bout, dans la continuité de ce qu’Adeline Giffon a découvert sur les grands chantiers d’Ateliers De France, mais à l’échelle d’une maison ou d’un appartement.

Pour ses clients, SEPIA propose une méthode forgée sur des chantiers d’exception : une conception précise, un réseau d’entreprises et d’artisans éprouvé, et une attention portée jusqu’aux détails que l’on ne remarque presque plus une fois le projet terminé.

Car c’est peut-être là que se joue l’essentiel de son travail : dans ce qui ne se voit pas immédiatement, mais qui rend un espace évident.

« Volume, lumière et matière : c’est la combinaison des trois qui fait qu’un projet est abouti. »

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