Sanctuary South Brisbane, un îlot de mémoire avant les Jeux de 2032

Sanctuary South Brisbane, un îlot de mémoire avant les Jeux de 2032

Sur Melbourne Street, à South Brisbane, une usine de confiserie Art déco de 1951 et une maison-boutique de bois de 1913 tiennent leurs angles depuis des décennies. Autour d’elles, avant les Jeux olympiques et paralympiques que Brisbane accueillera en 2032, le promoteur Aria Property Group dessine Sanctuary : cinq ruelles, une prairie publique et une première tour signée Bates Smart. Au sol, les architectes brisbanais de Richards + Spence ont suivi une règle de l’agence, que résume sa cofondatrice Ingrid Richards : « Des bâtiments qui méritent d’être gardés, nous le disons souvent. Ici, l’occasion nous était donnée de réparer la rue. »

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

La parcelle occupe l’un des derniers grands terrains encore libres de Melbourne Street, dans le quartier culturel de South Brisbane, à quelques centaines de mètres de la gare et des institutions de la rive sud. Aria Property Group, promoteur brisbanais fondé en 2003, a mis huit ans à en rassembler les titres de propriété. L’îlot couvre désormais quelque 7 200 m² et s’ouvre sur trois rues. Le projet part de ce qui s’y trouvait déjà : deux maisons de commerce bâties par des familles venues de Grèce et du Liban, toutes deux inscrites au registre du patrimoine local de la ville.

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

L'usine de Bobby Bond

Robert Bond était né Panageotis Bombonidis. Arrivé de Grèce, il ouvre au milieu des années 1930 une boutique de bonbons et de gâteaux à Brisbane, puis se lance dans la fabrication au milieu des années 1940. En 1947, il acquiert une parcelle minuscule sur Melbourne Street, à deux pas du croisement avec Manning Street, et confie le projet à Oliver Coleman, architecte et ingénieur. Le programme réunit l’atelier de confiserie et un appartement en attique pour le fondateur. L’usine s’achève en 1951, dans une écriture Art déco. Robert Bond meurt en juillet de la même année, avant d’avoir vu le chantier terminé. Le bâtiment passe à un fabricant de machines, puis, en 1954, à Universal Pictures. De 1989 à 1991, il accueille le Museum of Contemporary Arts. Sanctuary en fait sa table principale, sur deux niveaux, tournée vers Melbourne Street et encadrée par deux ruelles baptisées Bond’s Lane et Little Bond’s Lane.

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

La maison des Malouf

À l’autre angle de l’îlot, la façade de bois raconte une autre traversée. Salem Malouf et son épouse Alice, venus du Liban, s’installent à Brisbane dans les années 1880. Devenu marchand de fruits prospère, Salem fait bâtir en 1913 cette maison-boutique sur deux niveaux : la famille vit au-dessus du magasin. Dans les années 1940, la fruiterie s’agrandit en épicerie et milk bar. Elle reste aux Malouf jusqu’en 1969 et sert de lieu de rencontre au quartier, en particulier à la communauté libanaise. L’écrivain David Malouf, petit-fils de Salem, a grandi juste au coin, dans Edmondstone Street, à laquelle il a consacré un livre. Il se souvient de hauts plafonds de tôle repoussée, de ventilateurs, de fontaines à soda et de tables à plateau de marbre. La maison a conservé sa toiture en croupe de tôle ondulée et sa véranda à garde-corps de bois à croisillons. Elle devient un restaurant ouvert toute la journée, tourné vers une terrasse baptisée Malouf Terrace.

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

Réparer la rue

Richards + Spence connaît ce quartier. Fondée à Brisbane en 2008 par Ingrid Richards et Adrian Spence, l’agence y a déjà signé Fish Lane Town Square pour Aria, et ailleurs dans la ville The Calile Hotel et le quartier de James Street. Pour Sanctuary, elle a renvoyé les accès des véhicules et les services à l’arrière du site, et rendu tout le niveau de la rue aux passants. Trois façades actives s’ouvrent sur Melbourne Street, Manning Street et Edmondstone Street, reliées par cinq ruelles et des cours plantées, soit environ 3 000 m² d’espace public. Melbourne Lane traverse l’îlot sur toute sa largeur et dessert restaurants, boutiques, hall des résidences et parc. Douze locaux de commerce et de restauration bordent ces passages. Ingrid Richards revendique une palette volontairement restreinte, pour que l’architecture semble avoir toujours été là et laisse aux occupants et au paysage le soin d’apporter la couleur.

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

Deux cent quarante mille briques

La matière tient en deux mots : la brique et le béton. Environ 240 000 briques rouges habillent le socle et les ruelles, en hommage, selon le promoteur, aux anciennes briqueteries de South Brisbane. Le choix répond aussi au climat. Dans l’humidité subtropicale, la brique résiste, se patine avec les années et se passe de nouveau parement. Le matériau appartient au vocabulaire de l’agence, qui travaille surtout la brique, le béton et la pierre, et en a tiré une écriture subtropicale reconnue à Brisbane. Sur Melbourne Street, le socle reprend le langage des deux bâtiments patrimoniaux et donne à la rue un grain fin, à la mesure du passant. Il relie l’Art déco de l’usine Bond, le bois de la maison Malouf et les volumes neufs dans une même couleur de terre cuite, sur laquelle la végétation viendra poser ses verts.

Une forêt d'avant la ville

Dans les ruelles, la paysagiste Vicki Barclay et son studio brisbanais Subtropic Design ont planté serré : fougères arborescentes, fougères nid-d’oiseau, lianes indigènes et espèces de sous-bois puisées dans la forêt humide qui couvrait South Brisbane avant l’arrivée des Européens. Le feuillage referme les passages et y entretient l’ombre, précieuse sous ce climat. Au bout du parcours, les ruelles s’ouvrent sur Sanctuary Park, une prairie urbaine accessible à tous, faite de graminées amples, de plantes indigènes en fleur et de gradins où s’asseoir. Le parc repose sur un parking souterrain. L’îlot compte en tout 13 738 arbres et plantes, et le promoteur annonce un coefficient de végétalisation d’environ 76 %, rare pour un terrain de centre-ville. Le paysage tient ici le rôle que la palette de brique lui a réservé : apporter la couleur, l’ombre et la fraîcheur.

Une tour qui respire

Au-dessus du socle s’élève Sanctuary Residences, première des trois tours prévues sur le site : 231 appartements sur 43 niveaux, architecture et intérieurs signés Bates Smart. Fondée à Melbourne en 1853 par Joseph Reed, l’agence compte parmi les plus anciennes d’Australie et a déjà conçu Rivière pour Aria, à Kangaroo Point. Ici, le plan suit l’air. La porte d’entrée de chaque appartement, munie d’un arrêt magnétique et d’une grille de sécurité perforée, peut rester ouverte sur des coursives et des halls ventilés naturellement : l’air traverse le logement toute la journée. Les balcons, profondément en retrait, gardent l’ombre, les vitrages s’ouvrent et les plafonds montent à 2,90 m. Des myrtes citron sont plantés un niveau sur deux. Le bâtiment fonctionne entièrement à l’électricité, avec des panneaux solaires en toiture. « Nous voulions que chaque parcours dans les résidences soit immergé dans la nature, et que l’on se sache aussitôt à Brisbane », explique Guy Lake, directeur chez Bates Smart.

Crédit photo : Sanctuary by Aria Property Group

Bien vieillir et s’enrichir avec le temps

Sanctuary Residences doit être achevée entre le milieu et la fin de 2029, et l’îlot ouvrira par étapes avant les Jeux olympiques et paralympiques de Brisbane, en 2032. Deux autres tours sont prévues sur le site. Au sol, le parti tient en quelques gestes : deux maisons fondées par des familles venues de Grèce et du Liban rendues à la rue, une brique qui vieillira sur place, des ruelles plantées d’espèces d’avant la ville. Robert Bond est mort avant d’avoir vu son usine achevée. Elle devient la table principale de l’îlot, et les ruelles qui la bordent portent son nom. Ingrid Richards résume l’ambition : « Sanctuary doit donner le sentiment d’avoir toujours appartenu à ce lieu, avec des bâtiments et des espaces conçus pour bien vieillir et s’enrichir avec le temps. »

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