Sur les hauteurs de Nice, trois cent cinquante mètres carrés s’enfoncent dans la pente jusqu’à s’y confondre. Joe Aoun a dessiné pour lui-même ces façades d’acier corten, cette piscine posée sur le toit, ce plancher de verre tendu au-dessus du salon, avant de décider que la villa deviendrait, fin 2026, le showroom de son agence. Formé au Liban puis à l’École d’architecture de la ville et des territoires, l’architecte franco-libanais dirige JA Architecture depuis Saint-Jean-Cap-Ferrat. « Cette maison me ressemble, elle ressemble à ma façon de vivre. »
Joe Aoun; WeAreKollectors Magazine
Joe Aoun commence ses études au Liban et les achève à Paris, à l’École d’architecture de la ville et des territoires. En 2003, un projet le conduit à Saint-Jean-Cap-Ferrat, pour une mission qui devait s’arrêter là. Vingt ans plus tard, il y travaille toujours.
La presqu’île a ses propres règles : les propriétés s’y transmettent et s’y rénovent davantage qu’elles ne changent de mains, et les relations de travail s’y construisent dans la durée. JA Architecture s’est développée sur ce rythme. Les clients viennent d’abord chercher une résidence sur la Côte d’Azur, puis rappellent pour leur maison principale, ailleurs. L’agence a suivi ce mouvement et ouvert des bureaux à Beyrouth et à Dubaï, avec des chantiers en Suisse, à Monaco et jusqu’au Nigeria.
Le métier s’est élargi de la même manière, au fil des demandes : l’architecture d’abord, l’architecture intérieure ensuite, puis le mobilier.
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Avant le premier trait, Joe Aoun pose des questions. Pourquoi cette maison ? Pour quelle famille ? Quelles habitudes ? Quelles heures de la journée comptent vraiment ? Il cherche un mode de vie plutôt qu’un programme, convaincu qu’un plan juste se déduit de la façon dont ses occupants habitent.
« La réussite d’un projet, c’est quand les clients arrivent et qu’ils se sentent bien chez eux », dit-il.
De cette écoute découle une manière de travailler qui va bien au-delà du gros œuvre. L’agence dessine une part importante du mobilier, pièce par pièce, pour un projet et pour lui seul. Elle choisit les revêtements, la menuiserie, les équipements, et maintient la même exigence jusque dans les accessoires.
Cette continuité demande du temps. Pour sa propre maison à Nice, deux années de discussions auront été nécessaires pour imposer l’acier corten en façade.
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Une bâtisse provençale des années 1950 occupait le terrain, doublée en contrebas d’une agence immobilière. Tout a été démoli, à l’exception d’une petite chapelle, conservée en l’état et visible depuis les pièces de vie grâce à un vitrage judicieusement installé.
Restait la question des façades. Les services du patrimoine réclamaient de la pierre, matière attendue sur ces hauteurs. Joe Aoun a plaidé pendant deux ans pour le corten, estimant que la pierre aurait fondu la maison dans le déjà-vu et que l’enduit aurait mal vieilli face à la mer.
L’acier, lui, évolue avec le temps : il s’oxyde, se nuance, prend les embruns et change de teinte d’une saison à l’autre. La preuve se mesure depuis l’autre versant du vallon. « Ça fait disparaître la maison. Intégrer une maison dans un paysage, c’est aussi ça. »
Le salon s’élève sur deux niveaux. Pendant le chantier, une table a été installée à l’étage pour un déjeuner d’équipe. C’est là, à mi-hauteur, au-dessus du vide, qu’est apparue la plus belle vue de la maison.
Joe Aoun a voulu conserver le volume intact tout en créant un balcon : le plancher est en verre. La pièce prolonge aujourd’hui la chambre principale et lui sert de bureau.
La même logique de hauteur a conduit la piscine sur le toit, derrière des parois de verre, avec une autre préoccupation : préserver le jardin de toute surface minéralisée supplémentaire. Un pin centenaire monte jusqu’à hauteur du bassin.
Les 350 mètres carrés se distribuent ainsi sans effet de démonstration, jusqu’à l’entrée où une plaque tournante permet de manœuvrer les voitures.
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À l’intérieur, le blanc domine et le bois circule d’une pièce à l’autre. Les portes, elles, reçoivent chacune leur couleur : jaune, vert, orange, bleu.
L’idée vient d’un voyage en Arctique. Dans un village, Joe Aoun photographie un code couleur appliqué aux bâtiments : le jaune pour le médical, le vert pour la technique et les services. Il en rapporte une image qu’il transpose ici, porte après porte.
Les teintes se répondent d’un étage à l’autre et se retrouvent sur une table du niveau supérieur, avant de s’effacer devant des canapés volontairement sobres. Une pièce est tapissée au plafond d’un papier peint dessiné par l’agence. Des tableaux et des photographies ponctuent les murs, parmi lesquels une œuvre d’un artiste libanais.
La maison joue avec les couleurs, sans jamais forcer le ton.
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Le détail est le point où l’architecture se gagne ou se perd. Chez Joe Aoun, il engage l’agence entière. Encadrements de fenêtres, profilés, habillages de portes, accessoires de salle de bains et jusqu’aux boîtiers de thermostat passent par la même exigence de dessin et de finition.
Sur un hôtel de Courchevel suivi par l’agence, les habillages de portes ont été traités en laiton pour s’accorder à l’appareillage et à la quincaillerie.
Pour sa maison de Nice, l’architecte a retenu les interrupteurs et les luminaires de la Maison Orsteel, fabricant azuréen de laiton massif, avec lequel il développe désormais des poignées et des accessoires sanitaires.
L’habitude a gagné les équipes : en réunion de conception, les chefs de projet demandent désormais d’eux-mêmes si le fabricant saura suivre.
Le mobilier a toujours fait partie de la conception, avec des pièces dessinées pour un projet et pour lui seul. JA Architecture en a tiré une ligne extérieure, puis intérieure, puis des objets de décoration, présentés dans son showroom de la place Georges Clémenceau, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et à Monaco.
La villa de Nice rejoindra ce dispositif fin 2026, entièrement finie et dressée, et sera ouverte sur rendez-vous. Une maison habitée dans laquelle un futur client pourra mesurer ce que l’agence sait faire d’un terrain, d’une lumière et d’une vue.
Le reste suit son cours : une villa moderne adossée à la rotonde du château de l’Anglais, à Nice, et une échelle hôtelière à l’étude.
« Nous ferons sûrement plus de projets de ce genre. C’est ce que nous savons faire, et c’est ce qui nous plaît. »
Des études à Beyrouth et Paris, un premier chantier au Cap-Ferrat, une agence qui grandit
Des pièces dessinées pour chaque projet, devenues une ligne de meubles et d’objets
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