Un musée de la Résistance en Ardèche, un ossuaire à Villeurbanne, un belvédère lancé au-dessus des vignes de Condrieu dans un parc naturel régional. Le studio grenoblois Collection Architectes, fondé en février 2022 par cinq associés, construit presque toujours sur des terrains qui portent déjà une histoire. Julien Giammarchi, architecte associé, formule ainsi la difficulté de l’exercice : « Être spectaculaire sans rompre avec le paysage. »
Belvédère Tupin et Semons ; Collection Architectes ; Sophie Rodrigues
Le hameau de Tupins-et-Semons tient sur une ligne de crête : une église dont le porche abrite une vierge baroque classée depuis 1914, une ancienne cure, et au-delà, les terrasses de Côte-Rôtie qui plongent vers les méandres du Rhône. Par temps clair, le regard porte jusqu’au Mont Blanc. Vienne Condrieu Agglomération cherchait ici le premier maillon d’un réseau de belvédères. Collection Architectes a proposé un parcours en trois temps. Le visiteur traverse d’abord le village, entre ensuite dans une antichambre végétale qui ralentit le pas et masque la vue, puis débouche sur un promontoire lancé dans le vide. La surprise se fabrique par la retenue qui la précède. Livré en 2024, l’ouvrage a valu à l’agence le Prix national de la construction bois.
Belvédère Tupin et Semons ; Collection Architectes ; Sophie Rodrigues
Février 2022, Grenoble, rue Saint-Laurent. Julien Giammarchi, Anaïs Buckinx, Line Chamond, Bérengère Pasquier et Martina Shileva déposent les statuts de Collection Architectes. Le studio qu’ils fondent revendique une pratique pluridisciplinaire, installée dans les Alpes françaises et tournée vers la commande publique : sites naturels et touristiques, patrimoine classé, équipements culturels. Une équipe resserrée, et le choix de suivre chaque projet des premières esquisses jusqu’au chantier.
Il suffit de parcourir les créations de Collection Architectes pour observer une constante. Un temple protestant, la Maison du patrimoine mondial et du parc national des Pyrénées, la Maison du plateau des Glières, le pôle d’accueil du Semnoz, le col du Coq. Mémoire, sacré, paysage protégé : trois terrains où le site possède déjà un sens que le projet doit accueillir.
En Ardèche, l’agence conçoit le musée de la Résistance et de la Déportation associé à une médiathèque intercommunale, avec salle de conférence et espaces tertiaires. Deux programmes que tout sépare, réunis sous un même toit : d’un côté le recueillement, de l’autre la vie quotidienne d’un équipement de lecture publique. À Villeurbanne, elle construit un ossuaire, dans le prolongement de son travail sur le site funéraire de Saint-Roch. Bâtir pour les morts oblige à une économie de moyens particulière : peu de matière, peu d’effets, une justesse de tous les instants.
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Collection Architectes
Collection Architectes
À Tupin-et-Semons, la liste des contraintes ressemble à un inventaire décourageant. La roche affleure sous quelques centimètres de terre. Le vent souffle fort, le soleil cogne, la placette de l’église reste inaccessible aux personnes à mobilité réduite. Le classement du site au titre des monuments historiques et son appartenance au Parc naturel régional du Pilat imposent des matériaux locaux, des savoir-faire locaux et une palette végétale adaptée. Le porte-à-faux de l’ouvrage réclame des fondations profondes, calées en arrière de culées béton, sans toucher aux murs voisins.
Collection Architectes a fait de cette accumulation la matière même du projet. L’ouvrage s’adosse au mur de soutènement existant, épouse la pente, souligne la silhouette du village sans la contredire. Le chantier a rendu l’ensemble du site accessible à tous. La contrainte devient dessin.
Collection Architectes; Montauban
La méthode se répète d’un projet à l’autre. À Montauban, l’ancien funiculaire du Jardin des plantes a laissé place à un ensemble ascenseur et passerelle qui relie le jardin à la vieille ville, sur le tracé même de l’ouvrage disparu. À Saint-Quentin-Fallavier, au sud de Lyon, les architectes travaillent un préau d’école et une halle commerciale en pisé, technique de terre crue dont la région garde le savoir-faire.
Le belvédère suit la même logique avec du douglas et du chêne massif issus des forêts du territoire. Le matériau se choisit pour ce qu’il dit du lieu autant que pour ses qualités constructives.
Collection Architectes
Reste la question de ce que le visiteur perçoit. Les architectes la traitent d’abord au dessin : façades filtrantes, épaisseurs qui retiennent le soleil, jeux d’ombre qui varient selon l’heure. La lumière artificielle demande une autre précision, celle de la puissance et du rendu. Le belvédère de Condrieu a reçu des micro-spots intégrés dans la trame du bois, réglés pour délivrer un éclairement homogène, conforme aux normes, et rester invisibles depuis les coteaux. Dans un parc naturel, la discrétion nocturne fait partie du cahier des charges. Sur ce terrain, l’agence avance avec des partenaires, dont [Kollectors](https://kollectors.eu/), qui traduit les intentions architecturales en concepts d’éclairage réalisables. « La lumière est l’essence même de l’architecture », dit Julien Giammarchi.
Le Prix national de la construction bois 2025 a distingué le belvédère dans la catégorie aménagement extérieur, saluant l’usage de ressources locales et la finesse de l’implantation. L’équipe réunissait Collection Architectes, le bureau d’études structure bois Arborescence, le scénographe BYME Lab et le paysagiste Lionel Douard. La même année, l’agence figurait parmi les lauréats du prix européen 40 under 40, décerné par The European Centre for Architecture Art Design and Urban Studies et le Chicago Athenaeum, qui distingue quarante architectes européens de moins de quarante ans.
D’autres missions suivent, dont l’accompagnement des bibliothèques de Toulouse dans la transformation de leurs usages. Les distinctions portent un nom d’agence, Collection Architectes, où chaque projet reste l’affaire d’un collectif passionné et engagé.
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