Des gants aux mains, près du four, Raphaël Barrois guette les transformations du verre. Formé aux techniques verrières au CERFAV, puis à l’EESAB de Rennes et à la Villa Arson, ce créateur verrier développe une pratique à la croisée de l’architecture intérieure, du mobilier et de l’œuvre : il conçoit des panneaux, portes et pièces sur mesure pour des projets d’architecture intérieure, tout en développant sa propre collection de mobilier et des œuvres autonomes. Exposé à Révélations au Grand Palais en 2025, il poursuit une seule quête. « Je travaille la matière, mais au fond, je travaille la lumière. Le verre est le seul matériau qui me permette de la toucher. »
Raphaël Barrois – Panneau de verre; Matthieu Barani
Né en 1988 à Asmara, en Érythrée, Raphaël grandit en Auvergne, au contact de l’atelier familial. C’est là qu’il fait ses premières armes. Le travail du verre lui impose très tôt sa discipline : méthode, patience, rigueur du geste. Très tôt, le verre devient pour lui un matériau familier, dont il découvre progressivement les contraintes et les possibilités. Cette école exigeante deviendra plus tard un terrain d’invention. Pour avoir appris les règles de la matière, il saura progressivement jusqu’où les pousser.
Unité, Raphael Barrois
Le parcours technique se poursuit au CERFAV, le Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers, à Vannes-le-Châtel, où il obtient un CAP de décoration sur verre puis un brevet des métiers d’art. Vient ensuite le besoin d’air. Après une formation qu’il juge très cartésienne, Raphaël choisit les écoles d’art : l’EESAB, à Rennes, où il décroche son DNAP, puis la Villa Arson, à Nice, dont il sort diplômé d’un DNSEP en 2018.
Pendant ces années, il s’impose de tenir le verre à distance. Peinture, sculpture, vidéo, objets détournés : il explore d’autres chemins et cultive ce qu’il appelle l’intelligence de la main, cette alliance du geste et de la pensée. Le retour se fait de lui-même. Parmi ses pièces de diplôme figure déjà une flaque d’eau figée dans le verre. La matière de l’enfance redevient son médium, cette fois par choix.
Raphaël Barrois; Recherche matière ; Matthieu Barani
Tout part de la matière, et tout y ramène la lumière. Le relief, l’épaisseur, la couleur : chaque paramètre qu’il travaille modifie la manière dont le jour traverse une plaque. Posée dans un lieu, la pièce vibre au fil des heures, change avec les saisons, capte un rayon puis le restitue autrement.
Raphaël parle d’une matière vivante. Chauffé à certaines températures, le verre bouge, s’assouplit, devient dense et malléable, puis se fige en conservant l’empreinte de sa transformation. Cette faculté de recevoir la lumière et de la transfigurer est au cœur de son travail.
Sortie de four; Matthieu Barani
De sa formation technique, il a hérité le goût de la contrainte ; il la pousse aujourd’hui pour explorer les limites de la matière. L’expérimentation rythme les journées. À l’atelier, il constitue une réserve d’échantillons, des textures où varient la température, l’épaisseur et la teinte, qui servent de base à chaque échange avec un architecte d’intérieur ou un décorateur.
Reste une part d’imprévu, qu’il accepte et apprend à circonscrire : plus il expérimente, mieux il comprend où l’aléatoire peut surgir. Une création réalisée à plusieurs mois d’intervalle peut conserver une nuance qui lui est propre. Cette part de variation n’est pas recherchée pour elle-même : elle participe à l’équilibre entre maîtrise du processus et singularité de la matière.
L’innovation fait partie du geste. De nouveaux outils et procédés, notamment numériques, rejoignent progressivement ceux du travail verrier traditionnel dès lors qu’ils permettent d’élargir le champ des formes et des matières possibles.
Architecture intérieure Rudy Guénaire / panneaux de verre Raphaël Barrois / photographie Ludovic Balay
Les architectes d’intérieur et décorateurs viennent à lui après avoir découvert son travail, et la conversation s’engage autour du lieu, de la matière et de la lumière. Raphaël tient aussi à comprendre ceux qui vivront chaque jour avec ses pièces. Entre l’intention du projet, l’usage de l’habitant et sa propre recherche, il cherche l’accord juste.
Place du Panthéon, à Paris, Rudy Guénaire a voulu faire du verre l’élément central d’un appartement perché au-dessus des toits de zinc. Dès l’entrée, un sas de verres travaillés évoque des déformations d’eau, traversées de reflets bleutés qui apparaissent au fil de la journée. Pour la chambre, de grandes portes coulissantes explorent la minéralité ; leurs panneaux faits main s’inscrivent dans une marqueterie d’acier inoxydable dessinée par le concepteur. Un architecte fasciné par le verre, des clients familiers de la matière : Raphaël trouve là une grande liberté de création.
Stand Révélations 2025 ; Raphaël Barrois
En 2025, Raphaël Barrois présente pour la première fois son travail à Révélations, la biennale internationale des métiers d’art et de la création, sous la verrière du Grand Palais. L’expérience compte. Il y croise d’autres créateurs du verre, chacun avec sa manière d’aborder la matière, et mesure la richesse de ces échanges entre pairs. La rencontre avec un public venu du monde entier fait le reste.
La biennale lui ouvre également de nouveaux projets à l’étranger. C’est là qu’il rencontre l’équipe de Luis Laplace, architecte argentin installé à Paris, avec laquelle il développe par la suite un projet de panneaux de verre sur mesure. D’autres chantiers suivent, dans des intérieurs dont la discrétion fait partie de l’accord. Dans ces écrins où chaque matériau répond aux autres, sa contribution trouve sa place, nourrie par la confiance des architectes d’intérieur.
Nouvelle collection 3D; Raphaël Barrois
Une pièce qui quitte l’atelier cesse de lui appartenir. Il la scrute sous toutes ses facettes tant qu’elle se transforme entre ses mains ; installée, elle rejoint son lieu pour toujours. Sur place, son regard reste celui du chercheur : là où frappe la lumière, il imagine déjà ce qui pourrait être affiné.
La transmission va au-delà de son propre parcours. Il accueille des stagiaires et répond, sur Instagram, aux personnes qui souhaitent s’orienter vers les métiers de la création et du verre. Écoles, parcours, premiers conseils : il prend le temps, soucieux de dépoussiérer l’image d’Épinal du créateur isolé dans son atelier.
Une nouvelle étape se prépare aujourd’hui. Parallèlement aux projets développés pour l’architecture intérieure, Raphaël travaille à une première collection de mobilier. Des tables associent des plateaux de verre épais, texturés et colorés à des piétements sculpturaux en bois, dont certaines surfaces sont travaillées selon une technique japonaise de bois brûlé.
Dans ces pièces, la matière n’intervient plus seulement en réponse à un lieu ou à une commande : elle devient elle-même le point de départ de la forme. Architecture intérieure, mobilier et pièces autonomes deviennent ainsi différentes échelles d’une même recherche.
« Je développe un langage à partir de la matière. Il peut prendre la forme d’un élément d’architecture, d’un meuble ou d’une pièce autonome, mais la recherche reste la même : comprendre comment le verre transforme la lumière. »
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