À la tête de l’un des palaces les plus emblématiques du monde, Pierre Jochem cultive une vision du luxe où le temps, l’authenticité et l’attention discrète prennent le pas sur l’ostentation. Entre héritage marocain, quête de modernité subtile et sens aigu de la transmission, il dévoile les ressorts d’une maison qui se réinvente sans jamais se trahir.
La Mamounia; Pierre Jochem
Son enfance à Bitche, en Lorraine, bien loin des palaces, ne prédestinait pas Pierre Jochem aux établissements de luxe. Une jeunesse passée avec ses parents en Afrique et beaucoup de périples en famille lui donnent rapidement le goût des voyages. Après une formation hôtelière à Strasbourg, il part à l’aventure et gravit peu à peu les échelons du luxe international. Londres est sa première escale puisqu’il se pose au premier Park Hyatt du monde, puis New York où il perfectionne son savoir-faire aux Four Seasons. Désireux d’élargir encore son horizon, il poursuit sa route en Inde à l’Imperial New Delhi, passe de nombreuses années en Asie, entre autres au Raffles Singapour où il exerce en même temps sa fonction de Directeur général et de Vice-président des 7 hôtels Raffles de la région. Autant d’univers où il apprend que « l’exigence est quotidienne et que chaque détail compte ».
Lorsqu’il évoque sa trajectoire, Pierre Jochem ne parle ni d’ascension, ni de stratégie. Il préfère l’idée d’un chemin qui « s’est construit naturellement autour de l’hôtellerie de luxe et du goût du service ».
Mais rien, à ses yeux, ne préparait véritablement à La Mamounia. « Arriver ici n’était pas simplement une étape de carrière, c’était une rencontre », dit-il. Rencontre avec une maison dont l’âme, l’histoire et la charge émotionnelle dépassent la simple notion d’hôtel. « Prendre sa direction », confie-t-il, « revient moins à exercer un pouvoir qu’à endosser une responsabilité : être le gardien d’un lieu qui existait bien avant nous et existera bien après ».
En s’appuyant sur des influences cosmopolites et sur des talents comme Pierre Hermé, Simone Zanoni et Jean-Georges Vongerichten, il insuffle une vision moderne, où gastronomie et décoration tissent un dialogue subtil entre cultures.
Pierre Jochem
Au fil de son parcours, de nombreuses expériences ont façonné sa vision du métier, du luxe. Mais l’une d’elles, plus intime, revient comme un mantra : « Le vrai luxe, ce n’est pas forcément l’esthétique ou la perfection, le luxe c’est le temps » : le temps de s’arrêter, de respirer, de ressentir un lieu au lieu de le traverser. « Nos clients vivent dans une forme d’accélération constante. Quand ils arrivent à La Mamounia, ils cherchent un espace pour ralentir », explique-t-il. Les huit hectares de jardins, l’architecture enveloppante, la lumière de Marrakech, la douceur du climat, la gastronomie pensée comme un voyage sensoriel… tout concourt à offrir cette décélération recherchée.
« La Mamounia » dit-il, « est une parenthèse, une mise entre parenthèses du rythme du monde ».
La Mamounia ; Pierre Jochem
Quand on l’interroge sur les valeurs qui le guident au quotidien dans son rôle de dirigeant, Pierre Jochem répond sans détour : d’abord l’humilité. « On dirige une grande maison, mais on reste au service de cette maison ». Dans un lieu où chaque geste compte et où chaque détenteur de savoir-faire porte une part d’histoire, la verticalité a ses limites. Vient ensuite la cohérence, cette capacité à aligner parole et action. Une exigence qui vaut en interne comme au contact des hôtes.
Enfin, il insiste sur « le respect » : celui du lieu, des équipes, des artisans, et de la culture marocaine « qui est au cœur de La Mamounia ». Un triptyque qui façonne son style de direction : discret, clair, ancré.
Pierre Jochem
Un palace repose en grande partie sur le travail collectif. Il est légitime de s’interroger sur la manière dont on peut mobiliser les équipes autour d’un même niveau d’exigence…
La réponse de Pierre Jochem est presque pédagogique : mobiliser une équipe, c’est d’abord lui offrir une histoire à habiter. « À La Mamounia, nous ne faisons pas simplement de l’hôtellerie, nous perpétuons une histoire », affirme-t-il. Dans ce contexte, l’exigence ne s’impose pas : elle devient évidente. Dès lors que chacun comprend qu’il contribue à quelque chose de plus grand que lui, le geste se raffine, l’attention s’aiguise.
Il souligne aussi l’importance de la formation. « Nous investissons beaucoup dans la formation, y compris à l’international, pour permettre à nos équipes de découvrir, de s’inspirer et de donner le meilleur d’elles-mêmes ». Il parle de transmission, mais aussi d’ouverture : nourrir la curiosité pour nourrir l’excellence.
Pierre Jochem cite également la rigueur, l’élégance du geste, la capacité d’anticipation – ces fondamentaux du métier -, mais il place au-dessus de tout ce qu’il appelle l’intelligence émotionnelle : l’empathie, la capacité à percevoir l’autre, à ajuster son comportement en temps réel. « Nos clients voyagent beaucoup, ils connaissent le monde et s’attendent à une expérience, pas seulement un service », rappelle-t-il. Dans un palace, « la technique crée la base mais l’humain crée la différence ».
« Le luxe est devenu plus discret et plus intime », nous dit Pierre Jochem. Moins spectaculaire, plus incarné. Les hôtes recherchent désormais l’authenticité, la sensorialité, la vérité d’un lieu. « Ils veulent ressentir quelque chose », dit-il, et le palace offre cela : une atmosphère où chaque élément – la lumière dorée du matin, le murmure des fontaines, la fraîcheur des zelliges – raconte quelque chose de sensible, d’unique, d’intrinsèquement marocain. « Lorsque les clients ferment les yeux, ils doivent reconnaître La Mamounia ». De la douceur des étoffes à l’ombre portée des moucharabiehs, chaque élément contribue à cette immersion raffinée et enveloppante.
La Mamounia ; Pierre Jochem
Dans un lieu aussi emblématique qu’historique, il peut être compliqué de concilier l’histoire et la nécessité d’innover pour coller aux envies, aux demandes des clients.
À cette question, la réponse de Pierre Jochem est claire : Tout part de l’ADN de la maison : « Chaque décision doit partir de là ». L’innovation ne vaut que si elle s’inscrit dans la continuité de l’esprit du lieu.
Il parle d’une « modernité subtile », qui se fond dans le décor, jamais intrusive, toujours au service de l’expérience. Les rénovations et modernisations sont pensées en dialogue avec le patrimoine : l’artisanat marocain, les zelliges, les plâtres sculptés, les savoir-faire ancestraux qui façonnent l’identité de La Mamounia. Ici, l’innovation n’efface pas la tradition : elle la prolonge.
Pour un tel établissement, le défi est simple à formuler mais difficile à maintenir : rester une référence mondiale tout en préservant sa singularité. « Dans un contexte où les palaces rivalisent d’innovation, tenir le cap exige clarté et constance. L’opportunité, en revanche, est immense. Marrakech attire une clientèle internationale de plus en plus exigeante, cultivée, curieuse, sensible à l’art, à la gastronomie, à l’histoire. La Mamounia, ancrée dans son identité mais ouverte sur le monde, a tout pour séduire ces voyageurs en quête d’authenticité et d’excellence », affirme Pierre Jochem.
À cette question, Pierre Jochem sourit… « Ce qui motive un directeur général chaque matin ? Eh bien tout simplement la vie de la maison », dit-il. « Sentir l’énergie des équipes, la dynamique d’un lieu habité, vivant ». Et surtout ce moment qui se répète chaque jour : « Savoir que quelqu’un va découvrir La Mamounia pour la première fois et s’émerveiller de la rencontre ».
Cette idée, simple et magnifique, résume sans doute sa vision du lieu : un palace n’est jamais figé. Il renaît chaque jour, dans le regard de ceux qui le découvrent.
À cette question, Pierre Jochem sourit… « Ce qui motive un directeur général chaque matin ? Eh bien tout simplement la vie de la maison », dit-il. « Sentir l’énergie des équipes, la dynamique d’un lieu habité, vivant ». Et surtout ce moment qui se répète chaque jour : « Savoir que quelqu’un va découvrir La Mamounia pour la première fois et s’émerveiller de la rencontre ».
Cette idée, simple et magnifique, résume sans doute sa vision du lieu : un palace n’est jamais figé. Il renaît chaque jour, dans le regard de ceux qui le découvrent.
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