Dans son atelier bordelais, Anton Laborde transforme le bois en aquarelle. Ce prodige de la marqueterie contemporaine crée des fresques monumentales où la jungle côtoie la technologie, où des figures apaisées émergent d’une végétation luxuriante. Entre son enfance à Auroville, en Inde, et la rigueur des Compagnons du Tour de France, en passant par l’atelier du designer irlandais Joseph Walsh, cet artiste plasticien a forgé un langage visuel unique. Exposé à Londres lors de Collect Art Fair, représenté par la Galerie REVEL, lauréat de prix prestigieux, ses œuvres interrogent notre rapport au vivant avec une douceur troublante.
Né en 1999 à Fontainebleau, Anton Laborde passe cinq ans de son enfance à Auroville, cité expérimentale fondée en 1968 près de Pondichéry, en Inde. Cette utopie architecturale, pensée en dehors des codes occidentaux, le marque profondément. « J’y ai été initié aux techniques d’arts plastiques, à l’expression personnelle », confie-t-il. Dans cette ville où se croisent toutes les nationalités, l’enfant développe une liberté de penser absolue, loin des normes françaises. À quinze ans, le besoin de structure le ramène pourtant en France. Il rejoint les Compagnons du Tour de France pendant quatre ans, attiré par leurs valeurs de fraternité et d’excellence. « L’élévation de l’être humain au travers du travail m’intéressait beaucoup », explique l’artiste. Il en garde l’essentiel : la discipline du geste, la rigueur, le perfectionnement sans fin. En 2017, une expérience décisive survient chez Joseph Walsh, designer irlandais à Kinsale. Ce dernier l’encourage à s’émanciper des codes traditionnels de l’ébénisterie. Cette liberté nouvelle, combinée à la discipline acquise, devient le socle de son œuvre future.
Vénus des Indes; Anton Laborde
En 2020, Anton Laborde ouvre son studio à Bordeaux. C’est là que tout bascule. Il s’appuie sur les techniques de Dominique Ciamarone, Meilleur Ouvrier de France autodidacte, qu’il modifie pour s’affranchir des limites de format. La marqueterie classique se cantonnait aux meubles, rarement aux murs. En utilisant du carton recyclé par souci écologique, il peut désormais créer des œuvres monumentales sans contrainte de taille. Sa Vénus des Indes déploie ainsi ses courbes sur 14 m², réalisée en carte blanche pour un collectionneur privé. Pendant la pandémie naît l’idée des tableaux, un pivot créatif majeur. Puis, après des centaines d’essais, vient le véritable défi : créer des couleurs pastels, des tons absents de l’état naturel du bois. « Je voulais une forme d’acrylique », raconte-t-il. En 2021, le premier essai réussi ouvre un champ infini. Aujourd’hui, trois à quatre mois sont nécessaires pour obtenir, par imprégnation, ces bleus et verts oniriques.
Reportage : Anton Laborde
La jungle constitue le cadre commun de ses créations. Cet écosystème luxuriant, exempt de jugement moral mais d’une complexité fascinante, devient un miroir de la société humaine. « Souffrance, joies, naissances, disparitions : tout s’y retrouve », analyse Anton. Au cœur de cette nature émergent des figures humaines, toutes représentées les yeux clos. « Les personnes aux yeux fermés sont apaisées. C’est la capacité de l’être humain à transcender ses émotions et sa condition », explique l’artiste. Sa Vénus des Indes porte une charge politique forte. « Cette Vénus indienne dans la jungle est une métaphore des regards misogynes et de la condition féminine à travers le monde. Pour lui, l’amour est une valeur politique », analyse Nathalie Viot, historienne de l’art et commissaire d’exposition. Dans une série récente, la nature dévore des objets manufacturés — réfrigérateurs, pompes à essence, brouettes ailées. Ces décalages interrogent notre dépendance technologique et notre impact environnemental.
Exposition Concrete Jungle; Anton Laborde
Le travail d’Anton Laborde évolue constamment. Aux essences d’érable, de sycomore et d’amarante assemblées au scalpel s’ajoutent désormais feuille d’or, feuille d’argent, nacre, gravure et encre. « Je conçois une évolution dans mon travail. Il y a des pistes qui se matérialisent, à la fois matériellement et dans l’idée du concept », confie-t-il. Artiste plasticien avant tout, il s’attache à la complexité de l’être humain, à son ambivalence, aux sentiments profonds qui nous habitent. Ses références puisent chez Henri Rousseau pour les jungles luxuriantes, chez Klimt pour la préciosité ornementale. Son passage à Libourne l’a aussi marqué, lui évoquant l’univers des Misérables de Victor Hugo. Au-delà de la création, l’artiste transmet son savoir. En 2022 et 2023, il intervient auprès d’élèves de CM2 en partenariat avec la Fondation Hermès et le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux. Cette dimension pédagogique témoigne de son attachement à partager son art avec les générations futures.
L’apaisement de l’Indomptable : la boxeuse; Anton Laborde
Lauréat du Prix de la Jeune Création des Métiers d’Art en 2022, du Concours Général des Métiers en 2018 et de distinctions Rotary Club, Anton Laborde séduit collectionneurs et institutions. Sa présence à Collect Art Fair à Londres en 2023 et 2024 confirme son rayonnement international. En 2025, sa première exposition personnelle, Concrete Jungle, chez Maxwell-Baynes (Christie’s) et la Galerie REVEL à Bordeaux, d’avril à juin, marque un tournant. Ses œuvres Danser sous les étoiles ou L’apaisement de l’indomptable : la boxeuse rencontrent un succès critique unanime.
Représenté par la Galerie REVEL, il travaille avec des architectes pour élargir ses espaces de création. Tout juste revenu d’une résidence en Inde, l’artiste prépare sa prochaine exposition personnelle pour fin 2026, début 2027. « J’envisage d’explorer de nouveaux terrains d’expression », glisse-t-il. Dans un monde saturé d’écrans, ses œuvres agissent en « mobilier curatif » : elles invitent à fermer les yeux pour mieux voir.
Prouesse de 14 m² qui efface la frontière entre architecture et marqueterie.
La boxeuse : œuvre monumentale (1,80 x 2,70m) où la force brute rencontre la sérénité du bois.
Métaphore poignante de notre consommation au milieu d’une nature souveraine.
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